S’engager dans un stage au sein de sa propre entreprise soulève des questions intéressantes. Est-ce une opportunité de découvrir des facettes méconnues de son activité, ou bien une simple formalité administrative ? Pour ceux qui envisagent cette possibilité, il faut peser les avantages et les inconvénients.
Côté employeurs, cette option attire parfois. Un stagiaire qui connaît déjà la maison s’adapte immédiatement, pose un regard neuf, et peut participer concrètement à la dynamique générale. À l’inverse, certains pointent le risque de tourner en rond dans sa propre zone de confort : sans diversité de parcours, difficile d’élargir ses horizons ou de nourrir son réseau.
Les conditions légales pour faire un stage dans sa propre entreprise
Impossible de s’improviser stagiaire dans son salon ou son propre bureau du jour au lendemain. La législation encadre strictement ces situations pour éviter les dérives et garantir une vraie expérience d’apprentissage. En 2021, les règles ont été précisées, notamment pour faciliter l’accès aux stages dans des périodes compliquées pour les étudiants et jeunes diplômés.
Cette réglementation exige le respect d’un cadre précis à chaque étape : chaque stage doit conserver une dimension réellement formatrice et éviter toute confusion des rôles.
Ce socle prévoit plusieurs obligations incontournables :
- Obtenir une convention signée entre l’étudiant, l’établissement d’enseignement et l’entreprise d’accueil.
- Justifier d’objectifs pédagogiques clairs, validés par l’université ou l’école.
- Le stagiaire ne peut en aucun cas être le représentant légal de l’entreprise : la séparation des rôles protège la crédibilité de la démarche et empêche tout conflit d’intérêts.
Ce cadre vise avant tout à distinguer un stage utile, pensé pour apprendre, du simple tampon administratif. Respecter ces points, c’est avancer dans un environnement sécurisé et propice au développement des compétences.
Les avantages et inconvénients d’un auto-stage
Opter pour un stage chez soi, au sein de la structure qu’on a créée, offre une liberté peu commune. S’organiser selon son propre emploi du temps, ajuster ses missions à la minute, jongler entre révisions et prospection commerciale : ce quotidien façonne un profil agile, pleinement investi dans l’expérience entrepreneuriale. Toucher de près à la gestion quotidienne, aux choix stratégiques ou à la conduite de projets offre une réalité que peu de stages traditionnels peuvent proposer.
Autre avantage marquant : la capacité à ajuster les missions aux exigences de sa formation. On choisit les axes de progression en accord avec ses besoins, un luxe rare. Et dans les faits, construire son carnet d’adresses et étoffer ses contacts peut s’avérer plus naturel quand on mêle études et gestion d’une petite structure, surtout pour la suite du parcours.
Mais l’exercice s’accompagne de défis de taille. S’autodiscipliner sans cadre externe demande une force de caractère certaine. Le manque de supervision directe laisse la porte ouverte à la procrastination ou à la dispersion des tâches. Par ailleurs, la ligne entre vie professionnelle et personnelle se brouille rapidement, il devient difficile de décrocher, ce qui use sur le long terme.
De nombreux établissements s’appuient désormais sur des dispositifs d’accompagnement dédiés aux étudiants entrepreneurs, permettant de structurer leur démarche et d’offrir des conseils personnalisés. Pour celles et ceux qui sautent le pas du stage en solitaire, ces relais peuvent apporter un vrai appui, de la réflexion à la réalisation concrète du projet.
Les démarches administratives à suivre
Pour mener à bien un stage dans sa propre entreprise, chaque étape administrative doit être respectée à la lettre. La réglementation impose une démarche organisée pour garantir la conformité du stage, et rassurer à la fois l’école et le stagiaire.
Établissement de la convention de stage
Le passage obligé reste une convention dûment remplie et signée par toutes les parties. Ce document incarne la feuille de route du stage en détaillant les points suivants :
- Les objectifs pédagogiques recherchés
- Les missions qui seront confiées
- Les conditions de travail prévues
- La durée exacte du stage
- Les modalités précises de suivi et d’évaluation
Gratification et assurance
Dès que le stage dépasse deux mois, la législation exige le versement d’une gratification minimale, à formaliser dans la convention. Autre point clé : la couverture en assurance, tant pour la responsabilité civile que professionnelle, doit être vérifiée et garantie avant toute entrée en fonction. Ces précautions protègent chacune des parties tout au long de la mission.
Déclaration auprès des organismes compétents
Le stage doit aussi être signalé aux organismes sociaux pertinent, Sécurité sociale, voire URSSAF, pour valider la protection du stagiaire et assurer toutes les déclarations nécessaires.
En procédant dans l’ordre et sans négliger aucun document, le stage s’inscrit dans un cadre légal sécurisé. Ce sérieux bénéficie à l’étudiant comme à l’entreprise, et crédibilise le parcours vis-à-vis de l’établissement d’enseignement supérieur.
Témoignages et retours d’expérience
Paul Nissen, Université PSL
Paul Nissen, chargé de l’entrepreneuriat à l’antenne Pépite de l’Université PSL, souligne : « Les étudiants qui effectuent un stage dans leur propre entreprise vivent une expérience singulière. Ils acquièrent des compétences entrepreneuriales tout en continuant leur formation académique. »
Clothilde Perez, Chimie ParisTech
Clothilde Perez, diplômée de Chimie ParisTech et fondatrice de Koya, livre son regard : « J’ai pu appliquer mes acquis théoriques directement à mon projet entrepreneurial. La synergie entre mes études et mon entreprise a été porteuse. »
Agnès Zancan, ESSEC
Agnès Zancan, Responsable du Pôle Expérientiel Entreprises à l’ESSEC, résume : « Les stages dans sa propre entreprise confrontent les étudiants à des enjeux concrets et développent une réelle autonomie. »
Timothé Chevalier Ruiz, Kedge Business School
Timothé Chevalier Ruiz, étudiant en marketing et fondateur d’une marque, confie : « La gestion de mon entreprise en parallèle de mes études m’a aidé à mieux cerner les attentes du marché et à affiner mes stratégies commerciales. »
Salomé Bousquet-Carton, Nubbi
Salomé Bousquet-Carton, créatrice de la marque Nubbi et étudiante en mode et design, raconte : « Monter ma marque pendant mes études m’a offert une expérience concrète inestimable. J’ai appris à piloter des projets de bout en bout. »
Adel Lusakula, Isae-Ensma
Adel Lusakula, fondateur de Queen Cassiopeia et étudiant à l’Isae-Ensma, confie : « Gérer mon entreprise tout en poursuivant mes études a été un défi, mais cela m’a permis de développer des compétences en gestion et en leadership qui m’étaient jusqu’ici inconnues. »
Ces témoignages disent une réalité : vivre son stage dans sa propre entreprise, c’est se jeter sans filet dans la complexité du quotidien, parfois trébucher, souvent progresser. Ce parcours ne laisse personne indifférent. Ceux qui s’y risquent gagnent en lucidité et en engagement, un aller simple vers l’émancipation professionnelle.


